mercredi 6 janvier 2010






Patience - Confiance - Persévérance


Et hop ! Nous voilà déjà en 2010, pour le meilleur et pour le pire. C'est la règle du jeu et il n'y a pas moyen de négocier les extrêmes. Par contre, il  existe de belles ouvertures le long de la ligne de vie, un peu et jusqu'à beaucoup de lumière pour rendre le voyage sur terre agréable, distrayant, stimulant et point trop stressant. 


Depuis le début de l'année m'est venue à l'esprit comme une ritournelle cette trilogie apaisante : patience.. confiance.. persévérance. Vous me direz que ce ne sont que des mots et qu'ils réfèrent à des réalités qui sont des challenges pour la plupart d'entre nous, bref qu'ils ne sont efficaces que le temps de les prononcer. Pourtant, si vous prenez un moment pour les considérer, vous découvrirez que leur "pouvoir" quasi-hypnotique est loin d'être anodin et leur impact dépasse les secondes nécessaires à leur articulation.


Imaginez-vous bien calé(e) dans votre fauteuil face à la liste incroyable de tâches que vous vous êtes promis(e) d'accomplir pour la journée. Malgré votre énergie, il est à fort à parier que le stress commence à monter et le doute à vous envahir. Je passe sur toutes les flagellations mentales que vous vous infliger histoire de saper votre moral et de trouver refuge dans une position de repli. Voilà, c'est à ce moment là qu'il vous faut sortir la phrase magique : respirez, fermez les yeux pour vous centrer sur vous-même (puisque c'est vous l'important) et pensez ou dites : patience ... confiance... persévérance. Vous sentez-vous mieux ?

Qu'est-ce que "patience" veut dire ? Le message que "patience" vous délivre c'est que comme le dit le bon sens "tout vient à point", rien ne sert de s'agiter outre mesure, vous n'êtes pas responsable à vous seul(e) de ce qui se déroule autour de vous. Sans verser dans le déterminisme , il y a sans doute quelque chose qui se joue sans nous et qui impose son rythme et sa volonté. Par contre, ce qui dépend de vous c'est l'intention que vous avez de voir les choses se réaliser (votre liste de tâches). Donc lancez dans la machine 2010 vos souhaits, alimentez-les de temps en temps et soyez patients. No stress.

"Confiance"... ce mot-là est dans toutes les bouches, responsable de tout, déserteur, saboteur, désiré, imploré.  Combien de fois nous répétons-nous "si je pouvais avoir confiance en...". Décidez-le ! A partir d'aujourd'hui, engagez-vous à avoir confiance et regardez ce qui se passe de différent. Bien sûr, il vous faudra alors trouver d'autres excuses pour affronter ce qui vous fait peur mais peut-être pouvez-vous choisir d'aller vers ce qui vous rassure. Peut-être pouvez-vous faire le choix du confort plutôt que d'approcher le grill. Nous ne pouvons avoir confiance qu'en ce qui nous semble réaliste et réalisable.

Pour finir, venons-en à "persévérance". Celui-là également nous donne bien du fil à retordre. Il y a tellement de fleurs attirantes dans notre environnement que nous sommes tous devenus des butineurs, perdant de vue le cap que nous nous sommes donné.  A moins que ce soit le découragement, le manque de reconnaissance qui sape notre entrain, le syndrome de"l'aquoiboniste" pour citer Gainsbourg. Peut-être devons-nous trouver des objectifs qui nous motivent vraiment et qui nous alimentent régulièrement parce que leur réalisation est une source d'énergie. Peut-on persévérer pour atteindre une situation qui ne nous intéresse pas, nous angoisse ou pire nous menace ?. "Persévérance" rime donc avec "congruence" c'est à dire alignement de nos valeurs, de nos intérêts, de nos compétences et de nos objectifs.

Je vous souhaite donc pour 2010 d'entonner à la moindre faiblesse "confiance... patience...persévérance" et de vous rappeler qu'il est bon d'être vivant.





Photo : d'après un dessin de Cambon

lundi 14 décembre 2009

 

Les fêtes de famille

"Fêtes" et "famille" sont les incontournables repères lexicaux des gens heureux. Il me semble ...

Nous pouvons réclamer notre indépendance, revendiquer notre besoin de liberté et de solitude, il n'en reste pas moins que l'autre est le seul à nous offrir cette dimension impossible à saisir seul qui se situe entre nous et nos semblables et qui nous inscrit dans une communauté. La vie en 3D c'est plus saisissant !

La première dimension pourrait être "moi et moi-même", la seconde "moi et ce qui est bien plus grand que moi" (la nature, la spiritualité..) et la troisième "moi dans ma relation à l'autre". Cet autre c'est tout d'abord la famille, celle dont nous venons, celle que nous avons construite et/ou celle que nous choisissons, qui, du regard qu'elle porte sur nous, nous reconnaît et nous accorde une place dans un système certes plus ou moins satisfaisant. Se connaître c'est intéressant, être reconnu(e) c'est confortable, avoir sa place c'est stabilisant. Donc, c'est acquis, l'autre même avec ses défauts c'est bien mieux que le murmure de nos questions étouffé dans la prison de nos certitudes. Il faut quelqu'un à qui parler et pour nous entendre même s'il ne comprend rien.

Alors, les fêtes dans tout cela ? Pour ma part, j'aime bien pensé que les fêtes de famille sont une célébration de cette appartenance, comme un pied de nez à l'angoissante perspective d'un être condamné à la condition humaine (toujours seul(e)). C'est un moment où l'on s'oublie - pas seulement à cause de l'alcool- mais aussi parce que nous fusionnons. Parfois la fusion est nécessaire, reposante, salvatrice et surtout adaptée et sans danger. Pourquoi ne pas nous laisser porter ?

Ensuite, les fêtes de famille sont un moment de créativité et d'échange. Il en faut pour préparer le terrain de jeu et pimenter la vie : trouver une nouvelle place aux meubles, potasser avec sérieux les livres de cuisine, maudire le calendrier, lancer des invitations colorées, débusquer ce qui fera plaisir même si on tombe à côté. Bien évidemment, "fête" implique d'avoir le cœur et la tête à la fête, tout du moins d'en avoir envie, d'y croire comme à quelque chose de réalisable et de chaleureux. Ce n'est pas une prise de pouvoir sur autrui, pauvre otage surpris de nos fantasmes culinaires ou de nos délires despotiques mais un acte de générosité. C'est ce dont nous manquons livrés que nous sommes à l'aridité d'un monde aux valeurs parfois urticantes.

Voilà Noël qui se profile avec ses épines et ses guirlandes, nous pourrons donc bientôt exercer nos aptitudes à faire la fête et à fusionner en famille.



Joyeux Noël !






lundi 2 novembre 2009





L'art de remplir son filet

Quelle incroyable activité que le "réseautage" ! Incontournable en ces temps de marchés où ne souhaitant être pris(e) ni pour une pomme ni pour une poire, il nous faut trouver une étiquette qui puisse flatter l'oeil, attirer sans nonchalance le chaland, lui donner envie d'y goûter davantage... En d'autres mots, nous mettre dans son panier c'est à dire nous prendre dans son réseau. Ne vous méprenez pas (quoique parfois on se demande tout de même !), il n'est question que d'affaires "honnêtes" dans cette histoire, des sérieuses, des cadrées, du business, de l'emploi. Nul besoin en principe de vendre son âme ou d'y risquer son corps.

"Réseauter" c'est bâtir un réseau de contacts pertinents au déploiement exponentiel principalement sur la toile mais également partout où il est possible de rencontrer des personnes susceptibles de faire le lien entre vous et de nouvelles relations professionnelles (des voisins de table, en passant par la famille, le club de sport, les communautés d'intérêt, tout ce qui est plus petit que la planète entière). Dans le fond, l'idée est formidable et bien simple. Dans la pratique, l'exercice demande de belles qualités de communication : une bonne dose de confiance en soi, une compétence quasi politique à répéter le même message, un minimum de maîtrise de l'informatique et un goût sucré/salé pour l'aventure humaine.


On ne va ni les mains vides ni la tête creuse à une réunion réseau, qu'elle soit virtuelle ou réelle. Tout "réseauteur" compétent et motivé pour atteindre son objectif (présenter son activité, ses projets, ses produits, son CV, gérer sa carrière, prospecter, capter les tendances...) est capable en toute circonstance de parler de lui-même et de sa dynamique.


Cette démarche s'inscrit dans ce qu'on appelle le "personal branding" (très chic) c'est à dire "le marketing de soi" (très choc) soit la création, la maîtrise et la promotion de son image personnelle. A mi-chemin entre l'exercice biographique et la fiche produit (Aie !) c'est une approche pragmatique de la réatité contemporaine du marché et de l'emploi. Il n'est pas question de laisser de côté nos émotions mais plutôt de les mettre en forme par nos choix (les mots, les comportements, les expériences, les sites communautaires choisis...).


Ce qu'il faut retenir : il ne s'agit pas de se vendre mais de faire connaître ce que nous proposons, dans quelles conditions et dans quelles limites. Savoir parler de soi pour avoir une chance d'être entendu par celui ou celle qui nous cherche (Oui ! Il y a toujours quelqu'un qui cherche ce que nous proposons) au milieu de millions de voix qui s'élèvent et qui rendent les communications inaudibles. Sortir du lot.


L'équipement du super réseauteur

- une idée et une formulation claire de ce qu'il propose;
-une présentation actualisée et argumentée sur un des réseaux sociaux (Viadéo plutôt pour la France, LinkedIn plutôt pour l'international...) ;
- une photo (même si ce n'est pas obligatoire, nous restons des êtres humains sensibles aux visages) ;
- un blog (cela donne du "corps", du mouvement, une touche plus personnelle sans verser dans l'intime)
- un site (pour véhiculer des informations institutionnelles)
- une "présentation flash" c'est à dire un "discours sur soi/ses produits" (type 3 minutes pour convaincre) ;
- une carte de visite (pour l'adresse mail et le téléphone) ;
- de l'ouverture et du dynamisme (cela s'entend même à l'écrit);
- la foi et le respect en et pour ce que l'on est et ce que l'on fait.



Nathalie Vogelsinger-Martinez


NB : pour une lecture critique sur l'approche réseau, lire "Le devenir du rhizome" dans "Foucault, Derrida, Deleuze - Pensées rebelles", Sciences Humaines mai-juin 2005

Photo : jardin botanique de Lisbonne - novembre 2009

mardi 6 octobre 2009





Fêter ce que l'on est et ce que l'on fait


"Le calendrier est rempli de fêtes non attribuées
et de pleines lunes annoncées
Il n'y a qu'à se servir"

Katarina Mazelli, Le mec de la tombe d'à côté
(C'est un livre très drôle et fabuleusement plein d'amour !)


Ce mois-ci c'est mon anniversaire ! Peut-être le vôtre aussi ? Ou alors cela viendra... Depuis quelques années, je tourne à la fête la moindre occasion de me réjouir plutôt que de me laisser refroidir par cette petite voix interne et atone qui voudrait n'y trouver que du normal. Le "normal" est tout de même un peu triste quand arrive l'automne.

Ce n'est pas tant qu'on se trouve extraordinaire pour mériter les bulles et les gâteaux, les rubans et les baisers mais plutôt qu'il y a urgence à réhabiliter la reconnaissance de ce que l'on est et de ce que l'on fait. Il ne s'agit pas d'un renflement de la personnalité mais d'un réajustement de soi face à l'indifférence du monde. Regardez autour de vous et vous verrez justement qu'on ne se voit pas parce qu'il est très compliqué de croiser le regard de quelqu'un et de prendre le risque de le rencontrer (Que va t-il/elle croire ? Que vais-je dire ? Comment ne rien dire ? Comment partir ? Comment rester ???).

En avant pour le programme douceur, celui qui pourtant fait monter la température sans rien abîmer et qui arrime au plus profond de nous-même la certitude de notre légitimité.


Programme douceur

1. Ecrire 5 affirmations/croyances qui vous font du bien.
ex : "La vie finit toujours par me sourire"

2. Faire la liste de ce vous aimez en vous
ex : "Je suis organisé(e)

3. Faire la liste de ce que LES AUTRES aiment en vous
ex : "Je sais être spontané(e)"

4. Enumérer 5 petites actions/réalisations dont vous êtes particulièrement fier/fière
ex : "J'ai aidé mon fils à faire son devoir de maths"

5. Pour au moins l'une de ces actions, accordez-vous une récompense dans la journée (à boire, à lire, à déguster, à porter, à partager, à ne rien faire ...)...

Qu'avez-vous décidé ?

Demandez-vous à présent ce que vous gagneriez à vous complimenter plus souvent pour les petites conquêtes de chaque jour (reconnaître ce qui est fait dans sa simplicité ou sa complexité). Vous serez sans doute surpris d'observer combien les petites choses, les petits pas, les petits gestes sont gratifiants et porteurs des plus grandes victoires.


Nathalie Vogelsinger-Martinez

lundi 7 septembre 2009




Ombre et lumière



Les vacances sont déjà derrière nous mais leur ombre plane encore délicieusement sur l'aplat de notre bureau. Notre théâtre intérieur refuse d'afficher les programmes de rentrée et l'écran de nos pensées nous renvoie en boucle les éclats de rire des moments d'été. Pourtant septembre est bien là. Il faudra bien y mettre les pieds et faire scintiller nos missions dans un nouvel horizon.


C'est amusant que l'ombre puisse à la fois suggérer la fraîcheur et la terreur. La fraîcheur vient de ce que nous nous protégeons de la lumière qui brûle et qui révèle, de la chaleur qui étouffe et nous fait parfois perdre la tête. A l'ombre nous sommes un peu cachés, le corps à bonne température, nous voyons mieux que nous ne sommes vus.

L'ombre c'est aussi le début de l'obscurité, nous avançons à tâtons les mains en avant et le pas peu sûr, les sens à vif et l'imagination en feu.
L'ombre c'est le début du mystère, c'est aussi très excitant ...

"L'ombre" c'est également un élément de la théorie jungienne. Dans cette approche psychanalytique, l'ombre regrouperait l'ensemble des caractéristiques non acceptées par le Moi conscient : nos peurs, nos manques, nos faiblesses, ce que nous jugeons être nos travers gênants et dérangeants mais également nos tendances non reconnues (cf : la malediction de l'ombre - C.S. Carstensen). Nous aurions rejeté dans l'ombre ces traits, aptitudes... par peur d'être ... rejeté(e) par les personnes importantes de notre vie.

Cette théorie de "l'ombre" est très intéressante. Tout d'abord elle nous permet de faire le deuil de cet être totalement lumineux qu'il nous faudrait être. Nous avons tous nos parts d'ombre et de lumière. Ensuite, cette ombre -si on prend le temps de l'interroger- est une source inestimable de connaissance de soi (Qu'ai-je refoulé pour plaire ou survivre dans mon environnement et qu'il est possible aujourd'hui d'exposer à la lumière ?). Enfin, elle va nous permettre de transformer ce qui nous paraissait jusqu'alors insupportable chez l'autre en une ressource de confort et de bien-être.

Comment faire ?
Commencez par dresser la liste de :

- ce que vous détestez dans le comportement d'autrui. Par exemple : la colère, le laxisme, le perfectionnisme, les rires incessants, les gens qui dessinent, ... ;

- les sujets de discussion que vous avez tendance à fuir ;

- les domaines dans lesquels vous angoissez à l'idée de révéler une faiblesse ;

- les critiques qui vous blessent le plus...



Soyez sincère avec vous-même.

Une fois cette liste faite, vous voilà en possession de votre ombre c'est à dire de ce que vous refoulez depuis toujours pour être accepté(e) par votre groupe. Vous voilà entier ! A présent, demandez-vous quel intérêt pourrait aujourd'hui avoir pour vous ces qualités/traits/comportements rejetés...


Exemple 1 : Je ne supporte pas les personnes qui travaillent la porte du bureau fermé.

Ombre : (ce que j'ai mis dans l'ombre) pouvoir fermer la porte réelle ou symbolique, ne pas être vu, avoir son monde à soi...

Questionnement sur l'ombre : ne serait-il pas intéressant pour moi de ne pas tout montrer, tout dire. Suis-je vraiment obligé/e d'être disponible à 100 % tout le temps. Qu'est-ce que je gagnerais à fermer un peu la porte quelque fois, à garder les choses pour moi, à me ménager du temps personnel, à penser à moi ?


Exemple 2 : je n'aime pas les gens qui parlent de leur vie privée

Ombre : (ce que j'ai mis dans l'ombre) parler de sa vie privée, parler de soi, de ce qui se rapporte à soi...


Questionnement sur l'ombre : si j'étais capable de donner un tout petit peu d'informations sur ce que je fais en dehors de ce que l'on sait de moi que cela changerait-il dans mes relations professionnelles et/ou personnelles ? Cela m'aiderait-il à tisser du lien ? Ne serais-je pas plus sympathique, abordable, attachant, aimable pour moi et pour les autres ?


Voilà, vous êtes fin prêt pour porter votre habit d'ombre et de lumière, le sourire aux lèvres et l'air tout à fait décontracté puisque bien plus léger.


Jeu de pupilles dans l'ombre et la lumière

La pupille se dilate quand il y a peu de lumière et rétrécit sous un fort éclairage pour contrôler la quantité de lumière qui atteint la rétine. La pupille est également sensible à un autre type de stimulation : le plaisir.

Quand l'oeil voit (sent, pense à ...) quelque chose d'agréable la pupille se dilate un peu plus que la normale. Dans le cas contraire, elle se réduit à la taille d'une tête d'épingle. Ainsi, les amoureux se regardent dans le blanc des yeux avec les pupilles dilatées malgré un halo de lumière. Cette dilatation vient masquer les petits défauts de l'un et de l'autre pour le rendre bien plus beau qu'il ne l'est.


(Le langage des gestes, Joseph Messinger)
Merci Xavier!


Nathalie Vogelsinger-Martinez


jeudi 9 juillet 2009





VACANCES !


"- Pourriez-vous m'aider à maîtriser mes pensées et mon corps ?
- Assieds-toi sur le sol en face de moi, bascule le bassin vers l'avant, redresse la colonne vertébrale, concentre-toi sur la verticalité de ta posture.
- Voilà.
- Ne creuse pas le ventre, ne te contracte pas, inspire et expire en douceur.
- Voilà.
- Laisse passer les pensées avec la respiration, laisse-les apparaître et disparaître.
- Elles se bousculent au portillon, mes pensées, elles coulent en torrent.
- Maîtrise le flot.

[...] - Maintenant, tente de ne penser à rien.

- A rien ?
- Comme si j'étais mort ?
- Non, comme si tu étais une fleur ou un oiseau de printemps. Ne pense plus avec ta conscience personnelle, pense avec une autre conscience, celle du monde, pense tel l'arbre qui bourgeonne, telle la pluie qui tombe."


Eric- Emmanuel Schmitt, Le sumo qui ne pouvait pas grossir



Etre en vacances de soi ! Devenir autre. Tomber le masque, changer de costume, prendre de nouveaux repères, poser les yeux sur ce qu'on ne regardait pas, sentir le vent qui nous révèle une peau oubliée, frissonner. Laisser les éléments nous ballotter, ne plus résister, laisser aller... au moins quelques instants. Se contenter d'être ce que l'on est. L'herbe fait-elle des efforts pour pousser ?

Comme il est difficile de ne rien faire ou plutôt d'être en paix avec l'immobilité. Est-ce une question de confiance en soi, en sa destinée ou est-ce de la culpabilité face à un monde si affairé ? La tempête puis le calme, le flux et le reflux, la respiration et l'expiration, le travail et le repos... Cela semble pourtant si naturel. Serait-ce la peur de ne plus exister, comme si il fallait toujours justifier la place que nous occupons dans nos vies par quelque mouvement ? Combien de temps passons-nous par jour à seulement prouver notre importance ?

Nous parlions donc de vacances, de temps pour se reposer d'avoir trop pensé, trop fait, trop organisé. Du temps pour soi et ceux que nous aimons. Ensemble. Enfin un instant loin des livres et des cahiers, des réunions et des présentations, un monde sans performance, tout en indolence. Peu importe l'endroit tant qu'il nous aide à faire le vide en soi. Moi j'aime les horizons, quand mon regard ne peut plus rien accrocher et qu'il se dissout dans le bleu du ciel. Alors il n'y a plus de pensées, juste des sensations, le sentiment d'un vide apaisant, pas un abîme mais plutôt une pleine respiration.

Profitons de cette pause méritée pour reprendre contact avec la simplicité, septembre ne va pas s'envoler.



Nathalie Vogelsinger-Martinez




lundi 22 juin 2009



Communication interculturelle et identité


"L'identité d'une personne n'est pas une juxtaposition d'appartenances autonomes, ce n'est pas un "patchwork", c'est un dessin sur une peau tendue ; qu'une seule appartenance soit touchée et c'est toute la personne qui vibre."
A. Maalouf



Comment travailler ensemble quand nous ne partageons ni la même langue, ni le même rapport au temps et à l'espace ? Comment construire ensemble quand nous n'avons pas la même expérience de la relation à l'autre et à l'entreprise ? Qu'est-ce qui peut bien rassembler et faciliter la communication quand tant semble nous éloigner ? Comment ne pas se crisper devant les différences que nous lisons parfois de façon mutuelle comme des incompétences ? Comment maintenir la cohésion et la dynamique du groupe ?

L'interculturalité est une notion relativement récente. Dans les années 80, on ne parle que "d'international". Le monde est un "village global", balbutier l'anglais semble suffire pour orchestrer les équipes. Dans les années 90, on passe du modèle de management japonais dominant (emploi à long terme, prise de décision par consensus...) au modèle américain de l'entreprise flexible. On commence dès lors à s'intéresser à la notion d'interculturalité qui, bien gérée, est une promesse de productivité accrue. Ceci explique cela.

L'interculturalité est la rencontre (et non l'empilage) au sein d'un même groupe/équipe de plusieurs cultures et donc de différentes façons de communiquer et d'interpréter les signes (mots, comportements, intonations, rictus, tenue vestimentaire...). Si, dans une culture donnée "regarder droit dans les yeux" est un signe de respect, dans une autre ce peut être une insulte. Comportement valorisé par les uns, il est condamné par les autres. Autant de malentendus à venir, d'interprétations erronées d'une attitude qui se veut compétence et qui est perçu comme arrogance. Nous détestons tous ce décalage, cette impression d'être tombé à côté, d'être finalement incompris et peut-être rejeté. La peau se tend.

C'est sans doute dans notre relation au temps et à l'espace (intime ou géographique) que s'exprime de façon évidente notre originalité et notre susceptibilité. Rien de plus désagréable que d'attendre celui avec qui on a rendez-vous "à l'heure du déjeuner". Quand il est pour vous dans la norme de se retrouver à midi, la norme de l'autre peut être 3h de l'après-midi. Mieux vaut se mettre d'accord sur un temps technique : l'heure de la montre.

L'espace est celui qui vous sépare de votre interlocuteur et c'est aussi celui que vous avez à parcourir pour rejoindre un point donné. Un anglais n'a qu'un seul contact physique avec son interlocuteur en une heure. Un latino-américain vous touchera près de 100 fois dans le même temps. Difficile de se réchauffer à ce qu'on juge "froideur" ou d'accorder sa confiance à "l'envahisseur". Le corps se raidit, le cœur se serre, la communication ne trouve pas de canal pour circuler. Imaginez à présent ce que représente "la proximité" pour un Australien comparé à la définition qu'en ferait un Portugais. Il est fort à parier que quelques centaines de kilomètres les séparent. Tous deux sont dans le vrai mais ne partage pas la même vérité.

"Travailler ensemble" c'est ce qu'une équipe doit pouvoir faire pour réussir à mener à bien son projet (c'est à dire une direction commune suffisamment forte de sens pour les uns et pour les autres). Le plus souvent, l'entreprise compte sur l'ouverture d'esprit de ses collaborateurs, sur son élégance naturelle (nous en expérimentons tous les limites). En réalité, le processus le plus courant est celui de "l'essai-erreur" ou découverte à tâtons à visée pragmatique du mode de fonctionnement de l'autre. Cela aboutit à une communication rudimentaire sans grande souplesse ni spontanéité. L'entreprise peut également choisir d'utiliser l'identité de l'entreprise (sa culture) pour aplanir les différences et proposer un socle identitaire commun. Par les temps qui courent...

Elle peut aussi miser sur la synergie et l'accompagner (coaching d'équipe) pour s'appuyer à la fois sur les similarités et les différences conçues comme une complémentarité. Chacun fait alors l'expérience de la singularité de l'autre (son expérience), de ses difficultés (quelle solution proposer), de ses compétences particulières (son savoir-faire), de ses incompétences (reconnaître ses limites) et des partages possibles (culture métier par exemple...).

Il ne s'agit pas de s'aimer mais d'éclairer les ombres que portent les limites de notre expérience, d'être capable de communiquer au plus juste de ce que nous voulons exprimer et de s'appuyer sur le groupe plutôt que de se retrancher.


Les 10 règles d'or de la communication interculturelle
(Extrait de "Manager une équipe multiculturelle" de Joseph Aoun)


1. Reformuler : ses propos et ceux des autres.
2. Ecouter d'abord : laisser le temps à l'autre de s'exprimer, faire l'effort de l'attention
3. Parler ensuite
4. Eviter tout sujet délicat (surtout politique et religieux)
5. Parler lentement et clairement
6. Considérer le point de vue de l'autre
7. Avancer une idée à la fois
8. Ne pas prétendre qu'on a compris quand on a pas compris
9. Poser des questions
10. Etre patient et rester calme.



NB : finalement, ni plus ni moins que les règles de communication usuelles mais à décliner dans toutes les langues.


Pour un moment d'humour cliquer ici





Nathalie Vogelsinger-Martinez